L’annonce d’un nouvel impôt visant les fonds euros de l’assurance-vie a provoqué stupeur et colère dans le monde de la finance. À première vue, cette mesure paraît anodine. Mais en creusant, l’impact potentiel sur l’épargne des Français et sur l’économie nationale laisse perplexe. L’impôt sur l’assurance-vie serait-il vraiment l’un des plus absurdes jamais élaborés ?
Une nouvelle taxe qui frappe au cœur de l’épargne des Français
Le 31 octobre 2023, l’Assemblée nationale a voté un amendement instaurant une taxation des “fortunes improductives”. Ce terme vise notamment les liquidités, certaines œuvres d’art, mais surtout les fonds euros de l’assurance-vie.
Pourtant, ces fonds ne sont pas destinés aux ultra-riches. L’assurance-vie est le placement préféré des Français, représentant un encours total de 2.084 milliards d’euros. Et environ 1.700 milliards de cette somme sont investis dans des fonds euros sécurisés.
Ces produits, offrant une garantie en capital, sont largement détenus par des ménages modestes. La moitié des contrats a une valeur inférieure à 10.000 euros, selon France Assureurs. Même si seuls les patrimoines dépassant 2 millions d’euros sont visés par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), la mesure pourrait bouleverser l’ensemble du système.
Le rendement, déjà faible, encore amputé
Le rendement moyen des fonds euros s’élève actuellement à 2,6 % par an. Avec la taxe proposée de 1 %, près d’un tiers de cette rémunération disparaîtrait.
À l’heure où l’inflation reste au-dessus de 4 %, cela signifie un rendement réel négatif. Résultat : au lieu de protéger l’épargne, ces produits pourraient faire perdre de l’argent à leurs détenteurs. Un vrai paradoxe pour un placement censé être sûr.
Une taxe “improductive” pour l’État aussi ?
Contrairement à ce qu’affirme l’appellation choisie, les fonds euros jouent un rôle économique essentiel.
- 57 % de leur capital est investi dans des entreprises françaises
- 30 % sert à financer la dette publique
- Le reste est placé dans des actifs sécurisés
Gérard Bekerman, président de l’Association Française d’Épargne & de Retraite, estime que l’État gagnerait entre 400 et 500 millions d’euros grâce à cette taxation. Mais en contrepartie, il pourrait perdre entre 5 et 6 milliards d’euros chaque année en frais d’emprunt accrus.
Si les assureurs réduisent leurs investissements dans les obligations d’État, la France devra se financer ailleurs. Mais à des taux bien plus élevés. Une spirale dangereuse pour une dette publique déjà colossale.
Les épargnants risquent de fuir vers d’autres supports
Dès lors, que feront les détenteurs de contrats ? Ils pourraient choisir de transférer leur épargne vers les unités de compte.
| Type de support | Rendement moyen | Taxation IFI | Destination des fonds |
|---|---|---|---|
| Fonds euros | 2,6 % | 1 % | Économie française |
| Unités de compte | Variable | 0 % | Majoritairement étranger |
Plus risquées mais non soumises à l’IFI, ces unités attireraient les hautes fortunes. Mais elles sont massivement investies à l’étranger. Résultat ? L’épargne française servirait à booster d’autres économies, au détriment de ses propres entreprises.
Vers une rupture de confiance dans les produits d’épargne
Ce type de décision bouscule les repères des épargnants. Aujourd’hui, un produit comme le Livret A, défiscalisé et plafonné, devient parfois plus rentable net que certains fonds euros taxés.
Les actifs jugés autrefois “refuges” perdent de leur attrait. Les conseillers en gestion de patrimoine risquent de voir leur stratégie chamboulée. Et surtout, la confiance des épargnants pourrait s’éroder.
Une mauvaise idée pour aider les finances publiques ?
Derrière cette taxation, certains voient une manœuvre budgétaire opportuniste. Un moyen rapide de dégager des recettes. Mais à quel prix ?
En affaiblissant les circuits de financement nationaux et en désorientant les citoyens, cet impôt pourrait causer davantage de dégâts que de bénéfices.
Andrea Ganovelli, cofondateur de Green-Got, le résume ainsi : “Décision stratégiquement désastreuse.” Une mesure qui revient à puiser dans une ressource vitale sans mesurer les conséquences à moyen terme.
Conclusion : imprudence fiscale ou erreur stratégique ?
Il est légitime de vouloir diversifier les recettes fiscales. Mais quand une mesure menace à la fois les épargnants, les entreprises françaises et l’équilibre de la dette publique, il est peut-être temps de revoir la copie.
L’impôt sur les fonds euros ressemble à une réponse hâtive à un problème complexe. En voulant taxer ce qui paraît “improductif”, on risque de briser l’un des piliers silencieux de l’économie française. Et au final, c’est peut-être là que se niche l’absurdité.




